Josef cherche la liberté , livre ebook

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1987

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« Je vis depuis treize ans dans ma famille et je ne sais rien d'elle, seulement qu'elle est bourrée de mystères que l'on me cache. »
Josef décide alors de savoir, quel qu'en soit le prix.
Juif né à Nuremberg en 1900, Hermann Kesten fut un farouche opposant au nazisme et ne se résolut jamais à quitter l'Allemagne.

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Date de parution

01 janvier 1987

EAN13

9782876234383

Langue

Français

JOSEF CHERCHE LA LIBERTÉ
HERMANNKESTEN
JOSEF CHERCHE LA LIBERTÉ
Traduit de l’allemand par Madeleine Violet
Roman
Michel de Maule
Collection dirigée par Claire Mallet
Conception graphique : LES3TSTUDIOETCHRISIMPENS. Mise en page : Christine Letellier.
© Librairie Valois, 1930. © Éditions Michel de Maule, Paris, 1987., 41, rue de Richelieu – 75 001 Paris.
Il avait alors tout juste treize ans. La date l’af-firmait : c’était la date de son anniversaire. Au fond, il se sentait jeune. Il pensait que la vie était encore tout entière devant lui. Elle lui sem-blait grande, immense. Elle était large et vaste. Il se l’imaginait comme la Russie. Ou même com-me l’Asie. Il avait le sentiment de l’infini et de l’immensité d’un continent. La chambre où cela arriva était l’unique chambre de la famille. On y habitait, on y dor-mait. Le père, il est vrai, n’habitait ni ne dormait dans la chambre. Il venait de temps à autre seu-lement, quand Maman n’était pas à la maison. Père connaissait exactement les habitudes de Maman. Mais Maman, elle, habitait la chambre. Elle occupait la moitié de la chambre. Elle dormait dans le lit. C’était un lit de fer. Un lit d’enfant, en somme, qui était resté là, d’autrefois. Thinka et Louise dormaient ensemble, sur le sofa rouge
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surmonté d’un rayonnage où s’alignaient des livres. Les livres appartenaient tous aux belles lettres. L’oncle Stefan Ross, qu’on appelait plus simplement l’oncle Ross, un frère cadet de la mère, dormait par terre, sur un matelas. Pendant la journée, on mettait le matelas dans un coin, en face du poêle. Il formait ainsi une sorte de niche qui, moyennant quelques clous, crochets et planches, servait d’armoire à linge et à vêtements. Lui, Josef Bar, dormait avec la mère dans le lit. Aucun de ses camarades d’école ne le savait, Josef se gardait bien de raconter à ses amis les intimités de sa vie de famille, celle-là ou d’autres. Josef, élève du « Petit Collège de l’Empereur Guillaume », avait trois amis. Tous trois l’ai-maient. Il était sans aucun doute le plus intelli-gent des quatre. Pourtant, c’était pour lui qu’on avait le moins de respect. Ses amis s’appelaient Max Meerrettig, Franz Frank et Heinz Frühling. C’étaient, pour autant qu’on pouvait le voir, des amis convenables. Il faut exactement conter comment çela arriva. Un homme ayant de l’expérience, connaissant la vie, un homme mûr, adulte, un homme dans la force de l’âge, bref, un homme à moitié mort, comme disait Josef, n’eût pas été si étonné d’un tel événement. Celui-là, ou un autre du même
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genre, n’eût peut-être pas tellement étonné ce monsieur respectable, il l’eût tout au plus choqué. Josef… dame, Josef… eh bien ! nous allons voir ! C’était le 15 juillet. Le premier jour des vacances. Josef s’était réveillé au milieu de la nuit. La chambre était accablante et sombre comme la brousse. La fenêtre avait été herméti-quement fermée sur l’ordre formel de l’oncle Ross. Du reste, elle donnait sur la cour. Même si l’oncle avait moins craint les courants d’air il ne fut guère venu d’air frais par cette fenêtre. Quatre maisons de six étages étranglaient la cour. Il était même douteux qu’il y eût encore un peu d’air frais, dans la ville entière, entre les usines, les prisons et les collèges. La suie, la fumée noire, l’atmosphère même de l’esclavage écra-saient la ville industrielle et vivante : le jour sous un nuage lourd, la nuit sous une colonne de feu. Un fleuve, qui se traînait patiemment par la ville, portait des ponts. Il y avait des centaines de rues, dont Josef connaissait les noms mieux qu’un chauffeur. Quand on sortait de la ville, en passant devant l’usine à gaz, les fabriques, les carrières éventrées et les petits jardins d’ouvriers, on voyait s’ouvrir des forêts vertes, vraiment vertes. On ne pouvait pas le croire après tant de pierres, de poussière, de saleté, après tant d’hu-
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manité écrasée . Pourtant, la couleur de ces forêts était vraiment verte ! On pouvait se coucher sur la mousse, sous les arbres, car il y avait de la mousse. On pouvait regarder le ciel bleu, car le ciel était bleu, de temps à autre. On voyait des fourmis, on entendait bourdonner des mouches, on percevait le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles dans le vent ; on voyait des scara-bées, des nuages et des feuilles vertes ; on sentait l’odeur de la résine ; on pouvait courir, crier, on avait de l’espace, un espace presque illimité. C’était à tout cela que pensait Josef, à treize ans, en se réveillant la nuit, la première nuit de ses vacances, couché à côté de sa mère, et respirant l’odeur de sa sueur. Il se sentait tout drôle. Presque tous nous nous sentons drôles, quand nous nous réveillons et que l’obscurité nous enveloppe. Josef était couché tout au bord du lit. Sa joue reposait dans le creux de sa main gauche. Sur sa main droite, il sentait le froid métallique du fer nu. Il regardait vers la fenêtre, ce trou allongé, sans rideaux, par où s’engouffrait la nuit. Il écoutait l’oncle Ross qui déclamait à voix basse. L’oncle Ross, couché sur son matelas vert et plat, entre la porte et la table, comme entre deux femmes mortes, l’oncle Ross, enseveli sous des coussins et des couvertures, en boule, immobile toute la nuit, comme si, enterré
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