169
pages
Français
Ebooks
2012
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Publié par
Date de parution
21 décembre 2012
Nombre de lectures
1
EAN13
9782764417300
Langue
Français
Publié par
Date de parution
21 décembre 2012
Nombre de lectures
1
EAN13
9782764417300
Langue
Français
Du même auteur chez Québec Amérique
Sous le soleil de Port-au-Prince, roman jeunesse, coll. Gulliver, 2008.
La Cadillac blanche de Bernard Pivot, roman, coll. Mains Libres, 2006.
Aux portes de l’Orientie, roman jeunesse, coll. Gulliver, 2005.
Le Joueur de quilles, roman, coll. Littérature d’Amérique, 2004.
Le Solo d’André, roman jeunesse, coll. Titan, 2002.
Le Fils perdu, roman, coll. Littérature d’Amérique, 1999.
Le Dernier Lit, roman, coll. Littérature d’Amérique, 1998.
Fou-Bar, roman, coll. Littérature d’Amérique, 1997.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Beaulieu, Alain, Terres amères (Mains libres) Pièce de théâtre.
9782764417300
I. Titre. II. Collection: Mains libres. PS8553.E221T47 2009 C842’.54 C2009-940915-1 PS9553.E221T47 2009
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.
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Québec Amérique 329, rue de la Commune Ouest, 3 e étage Montréal (Québec) Canada H2Y 2E1 Téléphone: 514 499-3000, télécopieur: 514 499-3010
Dépôt légal: 3 e trimestre 2009 Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada
Mise en pages: Karine Raymond Révision linguistique: Diane-Monique Daviau et Stéphane Batigne Direction artistique: Isabelle Lépine Adaptation de la grille graphique et illustration: Nathalie Caron
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
©2009 Éditions Québec Amérique inc.
www.quebec-amerique.com
Sommaire
Du même auteur chez Québec Amérique Page de titre Page de Copyright Dedicace Materna Tant pis Remerciements Terres amères
À ceux qui savent que rien n’est jamais acquis parce que leur corps a gardé malgré lui les stigmates de l’abandon
Materna
Personnages
Catherine, 31 ans
Guillaume, 29 ans
Fanny, 29 ans
La mère, 56 ans
Décor
L’action se déroule dans deux appartements, celui de Guillaume et celui de Catherine, imbriqués l’un dans l’autre dans un même espace scénique.
La mère tire de son sac ses lunettes, un stylo et un livret de mots croisés, qu’elle ouvre sur ses genoux. Elle pose ses lunettes sur son nez, réfléchit un moment puis déchiffre la première définition.
La mère
Trousseau à l’usage d’un nouveau-né, sept lettres. Sept lettres... à l’usage d’un nouveau-né... Qui appartient à la lune: lunaire. Donc, trousseau à l’usage d’un nouveau-né, ça commence avec un L... sept lettres. Li... lu... Suppression momentanée de la respiration, cinq lettres... apnée. Trousseau à l’usage d’un nouveau-né, la... la... On dirait qu’y font exprès pour mettre les mots les plus durs au début. Catégorie essentielle de la pensée taoïste chinoise, une-deux-trois-quatre... quatre lettres... voyons... yin... yang, y-a-n-g. Bon. Trousseau à l’usage d’un nouveau-né... l-a-y, lay... layette, une-deux-trois-quatre-cinq-six-sept lettres... ben oui... ( en écrivant ) layette. Ensemble des hasards, des fatalités qui déterminent le cours des évènements. Six lettres. Un mot qui finit par un N. Le maudit destin ! ( Elle écrit le mot ) J’haïs ce mot-là, moi, que je l’haïs donc.
Elle s’arrête, demeure songeuse un moment puis referme son cahier.
Chez lui, Guillaume est assis devant l’écran de son ordinateur. Une bouteille de cognac trône à la gauche de son clavier. Il se verse un verre et se relit.
Guillaume
Assis derrière le volant de sa voiture, Simon se rappelle jusqu’à quel point il l’a désirée, ce soir-là, sur les plaines d’Abraham. Il l’aurait prise là, sous les étoiles, au sommet du cap Diamant, devant le fleuve tranquille et les montagnes de Bellechasse, prêt à vendre son âme au diable pour avoir le privilège de goûter sa peau blême et le suc de ses seins. Il l’aurait bue et mangée avec application comme pour une dernière cène sans Christ et sans apôtre.
Catherine insère une clé dans la serrure de la porte de son appartement. La porte s’ouvre lentement. Catherine se tient dans l’embrasure et n’ose pas entrer.
Fanny, vêtue d’une sortie-de-bain, un téléphone portable à l’oreille
Aller danser? T’as raison, ça fait longtemps... Ben oui j’peux, voyons, j’suis juste en retard de quec jours... Ah! moi j’serais super contente, mais lui... Non, j’y en ai pas encore parlé... j’veux attendre d’être certaine avant... j’sais pas comment y va prendre ça si jamais... J’ai peur, Mélanie...
Guillaume, qui continue de lire à l’écran de son ordinateur
Simon se surprend à penser que rien de cette magie ne subsistera lorsque, dans leur appartement du bas de la ville, quelques années plus tard, ils constateront tous les deux avec effroi qu’il est toujours vain de vouloir récrire le passé. Parce que la vie est un train qui ne passe qu’une seule fois.
Catherine passe le seuil de la porte, referme derrière elle puis demeure immobile pendant que son regard balaie lentement la pièce. Pendant ce temps, Guillaume vide son verre, s’en sert un autre et continue à enfoncer les touches du clavier de son ordinateur. Après un moment, Fanny entre dans la pièce. Toujours vêtue de sa sortie-de-bain, elle s’essuie les cheveux, s’approche de Guillaume et lui enroule sa serviette autour du cou. Elle l’embrasse sur la joue.
Fanny
Y a un début de cerne autour de ton bain. Ça va te prendre une femme de ménage si ça continue. J’voudrais pas être obligée de retourner prendre ma douche chez nous chaque fois qu’on passe la nuit ensemble.
Guillaume
J’te promets que quand tu vas revenir, ça va être nettoyé.
Fanny jette un œil sur l’écran.
Fanny
Eh ! dis donc, ça avance!
Guillaume
Pas mal.
Fanny
Je peux lire?
Guillaume
Non, pas tout de suite. Un roman, c’est comme un bon pain. Là, la pâte est là, en train de lever, mais pas encore bonne à manger.
Fanny, qui le serre et lui embrasse le cou
Tant pis!
Elle se dégage, enroule sa serviette sur sa tête et s’assoit sur la causeuse pour se mettre du vernis sur les ongles d’orteils. Pendant ce temps, Catherine avance dans la pièce, tâte les meubles, s’arrête devant un tableau...
Guillaume continue à écrire.
Guillaume
(...) la vie est un train qui ne passe qu’une seule fois. Nous avions cherché la gare et l’avions dénichée dans un repli de notre passé, quelque part entre notre jeunesse et nos premiers mensonges. Debout l’un face à l’autre, nous n’avions pas encore remarqué que, plantés de part et d’autre des voies ferrées, il était impossible que nous montions dans le même wagon...
Guillaume continue à écrire. Catherine se retrouve devant un lit de bébé recouvert d’un drap blanc. Elle demeure de glace, son corps tremble, secoué par une série de petits spasmes à peine perceptibles. Après un moment, elle se retourne et revient vers la causeuse. Guillaume se laisse distraire par Fanny. Il la regarde vernir ses doigts de pieds sans qu’elle ne s’en aperçoive.
Guillaume
Ça me surprendrait que tu sortes en sandales aujourd’hui avec le temps qu’y fait.
Fanny
Tu sauras que je vernis ces jolis doigts de pieds pour moi, chéri... juste pour moi. T’as le droit de trouver ça quétaine, ça me dérange pas.
Guillaume
J’ai jamais dit que je trouvais ça quétaine...